Comment vivez-vous la protestation ?

Cet article est la traduction libre de l’article How does it feel to live in the age of protest? publié le 19 décembre 2019 sur le site de Greenpeace.

Notez que les notes de bas de pages, les liens externes et les notes dans le texte entre [crochets] sont rajoutés à titre d’information complémentaire. La traduction ainsi que ces informations complémentaires sont aussi fidèles que possible au texte original mais n’engagent que moi. Pour toute citation – veuillez vous reporter au texte initial.


Il est difficile de compter toutes les manifestations qui ont envahi nos rues et occupé une place de choix dans l’actualité cette année. Des millions d’entre nous se réveillent pour exiger le changement. Et cela devient impossible de nous ignorer.

Global Student Strike in Prague. © Petr Zewlakk Vrabec / Greenpeace
Les étudiants à Prague, en République Tchèque, sont descendus dans la rue pour manifester le 15 mars 2019.
© Petr Zewlakk Vrabec / Greenpeace

Chaque manifestation a ses propres déclencheurs, et chaque manifestant a sa propre raison de manifester, mais le fond est bien connu : une démocratie étouffée, un mécontentement envers ceux qui sont au pouvoir, des inégalités scandaleuses et une crise planétaire.

Nous avons demandé aux gens autour du monde comment ils vivaient cette époque des manifestations.

Vanessa Nakate – Ouganda

© Vanessa Nakate, Uganda
© Vanessa Nakate, Ouganda

On s’attend à rencontrer toutes sortes de réactions négatives de la part des gens, ce qui est assez effrayant. Dans mon pays, peu de gens comprennent vraiment ce qu’est le changement climatique. Et certains n’y croient même pas. Il n’est pas facile d’être là-bas [dans des manifestations] ; nous sommes confrontés à des trolls et à des gens qui nous maltraitent et nous manquent de respect.

Après l’université, je voulais faire quelque chose qui changerait la vie des gens en Ouganda. J’ai découvert les grèves pour le climat et j’ai décidé de faire la mienne à Kampala. Je suis sortie manifester parce que je voulais parler aux gens de la plus grande menace à laquelle nous faisons face et de comment l’arrêter. Je veux changer ce système basé sur l’avidité, et exiger la protection de tous les êtres vivants sur la planète Terre.

Cela a été très effrayant de manifester à certains endroits. Mais finalement, cela semble juste parce que je fais quelque chose pour chercher de sauver la planète.

Je veux que ces manifestations apportent un changement dans le système mondial. Je veux que les gens réalisent l’importance de notre planète et réalisent le lien que nous avons avec la mère Nature. Je veux que ces manifestations mettent les bons dirigeants au pouvoir et expulsent tous les pétroliers. Je veux que les pays déclarent l’urgence climatique et commencent immédiatement à mettre en oeuvre des solutions aux changement climatique.

Aucun pays d’Afrique n’a encore déclaré l’état d’urgence climatique. Au travers de ces manifestations, j’espère que nous pourrons vaincre la crise climatique tant que nous en avons encore le temps.

Joel Enrique Peña Panichine – Chili

© Joel Enrique Peña Panichine - Chili
© Joel Enrique Peña Panichine, Chili

Quand on descend dans la rue et qu’on sent le courage et la force avec lesquels les gens se battent, on se rend compte que c’est important. Que cela fait partie de l’histoire.

Tout ce que nous voulons, ce sont des droits fondamentaux et la dignité. Les gens sont fatigués. Au Chili, pour que certains vivent dans le luxe, d’autres vivent dans la pauvreté. La justice climatique est aussi la justice sociale – de nombreux points ont les mêmes problèmes sous-jacents.

Je vis dans un pays où l’argent est considéré comme plus important que le bien-être humain et environnemental. En tant que citoyens, nous avons le devoir de construire l’avenir que nous voulons et dont nous avons besoin. Et cela n’est possible qu’en combattant chaque jour, de différentes façons. On peut vous tirer dessus, vous battre, même si votre manifestation n’est pas violente. J’ai toujours cru que le vrai pouvoir appartient au peuple et que : « le peuple uni ne sera jamais vaincu ». Avec chaque action, chaque opinion, chaque chose que nous faisons, nous pouvons construire un monde meilleur.

Facundo Mercado Sandoval – Chili

© Facundo Mercado Sandoval - Chili
© Facundo Mercado Sandoval, Chili

Cela fait comme si les gens s’étaient réveillés et que les rues sont à nouveau à nous. Je ne sais pas vraiment comment l’exprimer. C’est comme revenir dans le temps, jusqu’à quand j’étais enfant et que je jouais avec les autres enfants du quartier. C’est comme la joie, la prise d’autonomie, les rêves d’un avenir meilleur.

Ces gens ressentent comme de l’espoir.

Sur le panneau que j’emmène dans les manifestations, il est écrit : « Quand les riches font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent ». Notre gouvernement, nos lois, la façon dont notre pays fonctionne, s’articulent autour d’un objectif spécifique : rendre les riches plus riches et les pauvres plus pauvres.

Le Chili est fait pour une minorité ; vous ne pouvez obtenir une éducation de qualité que si vous payez pour cela, les ressources naturelles sont privatisées, les écosystèmes sont contaminés, il y a une violence policière systématique et nos médias sont lourdement contrôlés. On dirait que nous n’avons jamais quitté la dictature de Pinochet.

Nous nous battons pour que la constitution change, pour que tous les êtres humains soient traités sur un pied d’égalité et pour que l’environnement ne soit pas considéré comme un objet à vendre, mais comme notre force de vie. Je voudrais un Chili où la dignité devient une habitude.

Mathilde Blouet – France

©  Mathilde Blouet - France
© Mathilde Blouet – France

Je manifeste pour de nombreuses raisons, mais principalement parce que je veux parler d’une seule voix avec des milliers d’autres personnes aussi en colère que moi. Des gens en colère contre le changement climatique, sur son impact sur notre santé, contre la disparition d’espèces, contre la montée des mers, contre la déforestation, contre les populations forcées de fuir leurs maisons. Il y a tellement de problèmes que je ne sais même pas par où commencer.

Il y a un an, j’ai décidé d’agir, après de grandes déceptions dans notre système politique, et l’impression que mes propres actions quotidiennes ne suffisaient pas. Je me suis sentie seule quand j’ai parlé de ces questions à mes amis et à ma famille. Ils étaient d’accord avec moi, mais ils n’étaient pas aussi indignés que je l’espérais. Je voulais vraiment rencontrer des gens qui pensaient comme moi, et crier avec eux dans la rue.

J’aime cette union, le fait que tout le monde – jeunes et vieux, parents, amoureux, amis, activistes, passants – puisse se réunir pour une seule cause. J’aime la musique, la danse, les cris, les pauses de silence. Quand je rentre à la maison, j’ai vraiment l’impression d’avoir participé à un moment d’action positive et je suis apaisé, pendant un certain temps.

Walk for the Climate in Paris La Marche du Siècle à Paris
Des manifestants marchent en levant des panneaux sur le changement climatique pendant Marche Du Siècle à Paris en France. © Omar Havana / Greenpeace

Et je sais que nous ne sommes pas les seuls. Je ressens de l’espoir quand je vois le nombre de manifestations dans le monde chaque week-end. Le fait que Paris, Londres, Montréal, Bangkok, Bruxelles, San Francisco et de nombreuses autres villes manifestent pour le climat montre que nous avons le pouvoir de changer les choses.

Les chiffres sont importants. Les photos des foules qui marchent dans les rues restent à l’esprit. C’est peut-être naïf, mais je pense qu’avec patience et un message clair, nous pouvons aller dans une meilleure direction.

Arshak Makichyan – Russie

© Arshak Makichyan - Russie
© Arshak Makichyan, Russie

C’est étrange que j’aie appris la crise climatique d’une jeune fille de 15 ans en Suède, plutôt qu’à l’école. Notre avenir est menacé et presque personne ne s’en souciait assez pour en parler en Russie. C’est comme si nous étions sur une autre planète.

Je pense que les gens ont le droit de connaître la vérité. Et quand ils le découvriront, il sera plus facile de changer quelque chose ensemble.

Une manifestation individuelle est la seule façon de manifester en Russie sans demander l’autorisation du gouvernement, donc au début j’étais essentiellement en grève seul. Je coordonne maintenant un véritable mouvement. C’est petit, oui. Mais ici, nous risquons beaucoup plus quand nous manifestons. Les gens ici le savent : si vous n’avez pas peur de manifester, alors c’est sérieux. Et c’est sérieux.

Il est naïf de dire que vous voulez sauver la planète quand le problème est si global que vous ne pouvez pas savoir quel impact a un individu. La science et la crise mondiale peuvent nous unir ou nous détruire. Les faits scientifiques sont les mêmes partout et on ne peut pas mettre la science en prison.

Nous allons prouver que le militantisme fonctionne partout. Et puis nous allons changer le monde.

Parfois, je me sens désespéré, mais je ne me sens pas impuissant. Parce que je sais que nous faisons quelque chose de si important et de si bien. Et je sais qu’il y a des millions de personnes derrière nous.

Avant de commencer mon activisme, je me sentais seul. Mais vous ne pouvez pas rester assis seul dans votre chambre pendant que tant de mauvaises choses se passent. Oui, je me sens peut-être désespéré, mais je dois être fort. Parce que je ne suis pas seul.

Nanticha Ocharoenchai – Thaïlande

© Nanticha Ocharoenchai - Thailand
© Nanticha Ocharoenchai, Thaïlande

Nous avons probablement la chance de manifester à l’époque des nouvelles technologies comme les médias sociaux. Il devient plus facile d’exprimer vos revendications, de vous faire entendre, de soutenir et d’être soutenu. Et pourtant, nos dirigeants mondiaux ne veulent pas nous entendre.

Que nous offrions des solutions constructives et des preuves scientifiques ou que nous procédions à des grèves et à des manifestations, certains politiciens et certaines entreprises continuent de nous ignorer. Il semble qu’ils ne se soucient tout simplement pas que nous soyons dans une situation d’urgence climatique et que nous ayons besoin d’une action urgente maintenant.

Je suis frustrée et fatiguée. Je ne veux plus protester. Je n’ai jamais vraiment voulu, je voulais juste m’amuser et vivre ma vie et explorer le monde comme n’importe quelle personne jeune ou âgée le fait. Mais si ne rien faire signifie mourir jeune avant que je puisse faire tout cela, alors je suppose que je n’ai pas le choix.

Malgré toutes déceptions des réunions au sommet, les négociations ratées et le manque d’action de nos gouvernements, défendre son avenir est encore mieux que de rester chez soi et de se plaindre.

J’ai une perception assez réaliste de notre planète dans quelques décennies, et elle n’est pas optimiste. Il n’est pas facile d’adoucir tous les rapports scientifiques sur l’aggravation de notre climat. En dépit de notre avenir sombre et de la lenteur des progrès dans l’action climatique, c’est encourageant de voir un nombre incalculable de personnes qui choisissent encore de se battre pour ce en quoi elles croient. C’est ce qui me fait continuer tous les jours, que nous gagnions ou perdions cette bataille.

J’espère que nous n’aurons pas à mener cette bataille pour toujours, cependant. Je veux juste aller me détendre au parc avec mes amis et profiter du temps. Et pour l’instant, c’est pour ça que je me bats.

Faiq Murtadho – Indonésie

© Faiq Murtadho - Indonesia
© Faiq Murtadho, Indonésie

Beaucoup d’adultes, de gouvernements et d’entreprises ont profité de la destruction de la planète. Greta Thunberg leur a rappelé qu’ils doivent rendre des comptes. Elle est très courageuse d’élever la voix contre le système.

Comme la forêt qui est brûlée, obligeant les tigres à partir parce qu’il n’y a plus de nourriture ou d’abri, nous aussi nous perdrons notre maison quand nous détruirons l’écosystème.

Pour moi, la protection de l’environnement est intrinsèquement liée à la religion.

Dans l’Islam, on dit que « la propreté fait partie de la foi ». Cela signifie que nous devons protéger la planète.

Cela pourrait nous permettre de passer de l’énergie fossile à l’énergie renouvelable, ce qui nous permettrait de préserver l’environnement dans lequel nous vivons. C’est la raison pour laquelle je manisfeste.


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