Les banques internationales ont investi 1 900 milliards de dollars dans les énergies fossiles depuis l’Accord de Paris

Cet article est la traduction libre du communiqué de presse de l’organisation Oil Change International publié le 20 mars 2019 et se trouvant ici.

Notez que les notes de bas de pages, les liens externes et les notes dans le texte entre [crochets] sont rajoutés à titre d’information complémentaire. La traduction ainsi que ces informations complémentaires sont aussi fidèles que possible au texte original mais n’engagent que moi. Pour toute citation – veuillez vous reporter au texte initial.


Le rapport révèle que les banques américaines dominent l’investissement des énergies fossiles, et que JPMorgan Chase est de loin le pire pour le changement climatique.

Le rapport complet est ici: http://priceofoil.org/fossil-fuel-finance-report-2019/

Un rapport publié aujourd’hui par Rainforest Action Network, BankTrack, Indigenous Environmental Network, Oil Change International, Sierra Club, ainsi que Honor the Earth, et approuvé par plus de 160 organisations dans le monde, révèle que 33 banques mondiales ont fourni 1900 milliards de dollars aux entreprises de combustibles fossiles depuis l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat fin 2015[1]. Le montant du financement a augmenté au cours de chacune des deux dernières années.

Sur ce total de 1 900 milliards de dollars, 600 milliards ont été versés à 100 entreprises qui développent le plus activement les combustibles fossiles. Il est alarmant de constater que les pratiques commerciales des grandes banques mondiales continuent d’être alignées sur la catastrophe climatique et contrastent fortement avec le récent rapport spécial du GIEC sur le réchauffement climatique. Ce rapport, intitulé Global Warming at 1.5°C [Le réchauffement climatique de 1,5°C], souligne clairement la nécessité critique de l’arrêt progressif rapide [de l’utilisation] des combustibles fossiles et estime que les besoins mondiaux en matière d’énergies propres s’élèvent à 2 400 milliards de dollars par an jusqu’en 2035.

Banking on Climate Change 2019 [2019 – les banques et le changement climatique] est le dixième rapport annuel sur les combustibles fossiles et la première analyse jamais réalisée du financement des principales banques privées mondiales pour l’ensemble du secteur des combustibles fossiles. De portée élargie, le rapport regroupe les prêts et les prises de participation à 1 800 entreprises du secteur du charbon, du pétrole et du gaz dans le monde au cours des trois dernières années. Le rapport suit également l’expansion des combustibles fossiles en agrégeant les données sur lesquelles les banques financent les 100 entreprises qui développent les combustibles fossiles de la manière la plus agressive.

Banking on Climate Change 2019 révèle que les quatre plus grandes banques mondiales de [l’industrie des] combustibles fossiles sont toutes des banques américaines – JPMorgan Chase, Wells Fargo, Citi et Bank of America. Les banques Barclays du Royaume-Uni, Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG) du Japon et RBC du Canada sont également des financeurs majeurs de ce secteur. En particulier, JPMorgan Chase est de loin le pire banquier des combustibles fossiles et de l’expansion des combustibles fossiles – et donc le pire banquier mondial du changement climatique. Depuis l’Accord de Paris, JPMorgan Chase a financé à hauteur de 196 milliards de dollars les combustibles fossiles, soit 10% de l’ensemble du financement des combustibles fossiles par les 33 plus grandes banques mondiales.

Le volume de financement de JPMorgan dans les combustibles fossiles entre 2016 et 2018 devance de manière honteuse de 29% celui de la deuxième banque, Wells Fargo. La banque se distingue encore plus de ses pairs de par le volume de financement pour les grandes entreprises qui développent l’extraction et l’infrastructure des combustibles fossiles : depuis l’accord de Paris sur le climat, les 67 milliards de dollars de financement de JPMorgan Chase pour ces sociétés sont de 68% plus élevés que celui de Citi, loin derrière en seconde place.

Avec Morgan Stanley et Goldman Sachs respectivement aux 11ème et 12ème place dans le classement du financement des combustibles fossiles, les six grands géants bancaires américains sont dans le « douzaine polluante de tête » des banquiers du changement climatique. Ensemble, les banques américaines représentent 37 % de l’ensemble du financement mondial des combustibles fossiles. Collectivement, les banques américaines sont la plus grande source de financement pour l’expansion des combustibles fossiles depuis l’adoption de l’Accord de Paris.

Barclays, le premier banquier européen de la fracturation hydraulique[2] et du charbon, est la pire banque européenne, avec 85 milliards de dollars dépensés en combustibles fossiles et 24 milliards de dollars dépensés en expansion. La pire banque de combustibles fossiles du Japon, la MUFG, a financé en tout 80 milliards de dollars dans les combustibles fossiles et 25 milliards de dollars dans l’expansion. RBC, le premier banquier mondial des sables bitumineux, est en tête au Canada, en finançant les combustibles fossiles pour un montant de 101 milliards de dollars. Le premier banquier mondial de l’énergie charbonnière, la Banque de Chine, se qualifie comme le pire banquier en Chine en matière de combustibles fossiles, avec 17 milliards de dollars consacrés à l’expansion entre 2016 et 2018.

Le rapport évalue également les politiques orientées vers le futures des banques concernant des secteurs spécifiques des combustibles fossiles et des combustibles fossiles dans leur ensemble. Dans l’évaluation des restrictions sur le financement de l’expansion des combustibles fossiles, aucune banque n’a obtenu de cote supérieure à C [dans la fourchette A-E], et la plupart des notes des banques se situaient autour de D. Aucune banque n’a pris d’engagement pour éliminer progressivement le financement des combustibles fossiles en alignement avec la trajectoire [de l’accord] de Paris de 1,5 °C, malgré le fait que de nombreuses banques et banquiers – dont Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan Chase – ont déclaré leur soutien à l’Accord de Paris.

Le rapport analyse également les piètres performances inacceptables des banques en matière de droits de l’homme, en particulier les droits des peuples autochtones, en ce qui concerne les impacts de projets spécifiques de combustibles fossiles, et le changement climatique en général. Les études de cas détaillées dans le rapport – de l’opposition dirigée par les Autochtones à chacun des trois principaux pipelines de sables bitumineux en Amérique du Nord, au fragile Refuge national de la faune arctique[3] sous la menace de forages, aux projets de l’entreprise allemande RWE[4] d’étendre une mine de charbon à ciel ouvert tout en détruisant la forêt de Hambach, vieille de 12 000 ans – montrent que les banques font manque de politiques efficaces en matière d’énergie et de droits humains les restreignant de financer ces projets extrêmement problématiques et les entreprises qui les soutiennent.

Déclarations

Alison Kirsch, Chercheur Principal en Climat et Energie du réseau Rainforest Action Network:

Alarmant est un euphémisme. Ce rapport est une alerte rouge. L’ampleur considérable avec laquelle les banques mondiales continuent à injecter des milliards de dollars dans les combustibles fossiles est totalement incompatible avec un avenir viable. Depuis l’Accord climatique de Paris, qui a fait une percée, que le financement des combustibles fossiles continue d’augmenter est une insulte à la logique, à la science et à l’humanité. Si les banques n’abandonnent pas rapidement leur soutien aux énergies polluantes, l’effondrement planétaire dû au changement climatique anthropique n’est pas seulement probable – il est imminent.

Rainforest Action Network has a 30+ year history challenging corporate power and systemic injustice to preserve forests, protect the climate and uphold human rights through frontline partnerships and strategic campaigns.

Stephen Kretzmann, Directeur général de Oil Change International:

Nous sommes au fond d’un trou profond sur le climat. Il y a des gens qui font des échelles, et ils pensent que nous pouvons atteindre le sommet – mais – il y a aussi des gens qui font des pelles, et qui chaque jour creusent le trou un peu plus profond. Les personnes qui ont des échelles ne pensent pas qu’elles pourront atteindre le sommet si le trou s’approfondit davantage. Les banques de ce rapport financent ceux qui ont des pelles, consacrant des milliards à l’expansion des réserves de combustibles fossiles, qui, une fois brûlées, garantiront l’échec de l’Accord de Paris sur le climat. Financer l’expansion de toute partie de l’industrie du pétrole, du gaz ou du charbon est maintenant clairement un déni climatique, et nous exigeons qu’il cesse.

Oil Change International est un organisme de recherche, de communication et de défense des intérêts dont l’objectif est de dévoiler les coûts réels des combustibles fossiles et de faciliter la transition continue vers une énergie propre.

Johan Frijns, Directeur de BankTrack:

Nous sommes confrontés à des impacts de plus en plus graves sur le changement climatique dans le monde entier, et le dernier rapport du GIEC prévoit une date butoir pour 2030 pour les fortes réductions des émissions mondiales de CO2 nécessaires pour éviter une dégradation complète du climat. Pourtant, les banques continuent d’investir des milliards de dollars dans l’industrie des combustibles fossiles, tout en annonçant ici, des modifications mineures de leur politique et en approuvant là, la dernière initiative de « financement responsable » dans ce secteur. On se demande ce qu’il faudra pour que les banques changent enfin de cap et abandonnent complètement le secteur des combustibles fossiles. Les militants vont exiger exactement cela lors des prochaines assemblées générales des banques cette année, armés des nouvelles découvertes choquantes de ce rapport. »

BankTrack est une organisation mondiale de suivi, de campagne et d’appui aux ONG qui cible les opérations et les investissements des banques commerciales.

Tom Goldtooth, Directeur général de Indigenous Environmental Network:

Ces banques financent un avenir qui coûtera le bien-être des sept prochaines générations et au-delà. La prophétie autochtone rencontre maintenant les prédictions scientifiques. La Terre Nourricière [Mother Earth] et le Père Céleste [Father Sky] sont déséquilibrés. Les connaissances autochtones et les sciences occidentales exigent toutes deux clairement que nous nous désengagions rapidement des combustibles fossiles pour éviter une catastrophe climatique totale. Toute institution financière qui refuse de prendre des mesures devrait être privée de sa licence sociale pour opérer et être tenue responsable de ses investissements.

Indigenous Environmental Network [Le Réseau autochtone pour l’environnement] travaille avec les peuples autochtones aux niveaux national et mondial sur une approche fondée sur les droits, qui vise à remédier aux injustices environnementales, économiques et énergétiques d’une économie extractive et à développer le pouvoir et la capacité d’une transition juste pour la construction de communautés autochtones durables.

Ben Cushing, représentant de la campagne Beyond Dirty Fuels [au delà des combustibles polluantes] du Sierra Club:

Au moment où la science nous dit que nous devons passer rapidement à l’énergie propre, les grandes banques américaines se placent du mauvais côté de l’histoire en continuant à offrir un chèque en blanc à l’industrie des combustibles fossiles. Le tollé mondial pour que les institutions financières cessent de financer la destruction du climat ne fera que s’intensifier et se renforcer tant que ces banques n’auront pas reçu le message et n’auront pas soutenu une fois pour toutes les énergies fossiles polluantes.

Le Sierra Club s’emploie à protéger la santé de nos communautés, à protéger la faune et la flore sauvages et à préserver nos derniers lieux sauvages grâce à l’activisme populaire, à l’éducation du public, au lobbying et à l’action judiciaire.

Tara Houska, Directeur des campagnes de Honor The Earth:

Les institutions financières financent la destruction de notre planète. La crise climatique est une réalité qui sera partagée par tous les êtres vivants – nous avons besoin de changement, nous en avons besoin maintenant. C’est une question de survie commune à laquelle les banques doivent répondre. Nous ne pouvons pas boire de l’argent.

Honor The Earth est une organisation dirigée par des femmes autochtones qui se consacre à la protection de la Terre Nourricière par les arts, la musique, le plaidoyer, le soutien des efforts locaux et l’autonomisation des nations tribales par des solutions d’énergie renouvelable.

Liste des 33 banques couvertes par le rapport

Agricultural Bank of ChinaChine
Bank of AmericaEtats-Unis
Bank of ChinaChine
Bank of MontrealCanada
BarclaysRoyaume-Uni
BBVAEspagne
BNP ParibasFrance
BPCE/NatixisFrance
Canadian Imperial Bank of Commerce (CIBC)Canada
China Construction BankChine
CitiEtats-Unis
Crédit AgricoleFrance
Credit SuisseSuisse
Deutsche BankAllemagne
Goldman SachsEtats-Unis
HSBCRoyaume-Uni
Industrial and Commercial Bank of China (ICBC)Chine
INGPays-Bas
JPMorgan ChaseEtats-Unis
Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG / Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ)Japon
MizuhoJapon
Morgan StanleyEtats-Unis
Royal Bank of Canada (RBC)Canada
Royal Bank of Scotland (RBS)Royaume-Uni
SantanderEspagne
ScotiabankCanada
SMBC Group (Sumitomo Mitsui Financial Group / SMFG)Japon
Société GénéraleFrance
Standard CharteredRoyaume-Uni
Toronto-Dominion Bank (TD)Canada
UBSSuisse
UniCreditItalie
Wells FargoEtats-Unis
Liste des 33 banques mondiales couvertes par le rapport

(1 commentaire)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :